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Animateurs/Réalisateurs :

 
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Christiane BLIN


Patrick DURAND


Gilles SECAZ


   

 

 


Be jazz

Diffusion : mardi à 19h00
Rediffusion : jeudi à 15h00 et dimanche 12h30


 

> émission du mardi 27 janvier 2015

Les génies de la guitare

Animateurs: Christiane BLIN, Patrick DURAND et Gilles SECAZ

Gilles Secaz, Patrick Durand et Christiane Blin nous font découvrir l'histoire et la musique de quelques grands guitaristes du jazz, grande épopée du XXème siècle.

  • CB.- Aujourd’hui, nous nous allons tenter de cerner trois personnalités d’exception, trois guitaristes qui ont su placer, par leur inventivité, leur maîtrise technique et leur jeu remarquables, la guitare en pleine lumière et lui donner une vie authentique dans le jazz : Charlie Christian, Django Reinhardt et Wes Montgomery.

PMD.- Etouffé par le la puissance combinée des soufflants, des batteurs et des pianistes, le guitariste donne l’impression d’avoir livré, à l’époque des grands orchestres de la Swing Era, une bataille perdue d’avance. Pourtant, l’invention de la guitare électrique au début des années 30 ne lui permit pas de sortir de la section rythmique.

Bien sûr, des guitaristes de grand talent, lassés d’être relégués au second plan, usèrent de tous les stratagèmes pour se faire entendre du public (Eddie Durham qui met directement le micro de chant dans le trou de sa guitare acoustique, premiers enregistrements de George Barnes en solo avec une électronique bricolée par son frère, etc.)

  • 0401 George Barnes – I’m forever blowing bubbles (1940) Après avoir été, au sein de l’orchestre de Big Bill Broonzy, le premier guitariste à enregistrer avec une guitare électrique en 1938, George Barnes sort son premier disque sous son nom pour le label Okeh Records.

Lentement, le son à la mode de la guitare électrique devint familier au public. Mais celui qui porterait l’instrument en pleine lumière était toujours attendu. La guitare amplifiée avait besoin de quelqu’un pour enfin lui donner une vie authentique dans le jazz et ce quelqu’un était un jeune musicien noir boutonneux et d’aspect fragile du nom de Charlie Christian.

Fils d'une famille de musiciens (son père était trompettiste), il nait à Dallas en 1916 mais grandit à Oklahoma City.

Christian chante et danse dans les concerts de rue donnés par son père et ses deux frères aînés. Puis la directrice de son école, Mrs. Zelia N. Braux, remarque ses aptitudes et l'encourage à étudier un instrument de musique. Il commence alors la trompette, sans grande motivation, jusqu'à ce que son père décède en 1926, en lui léguant sa guitare. Il acquerra de solides connaissances musicales.

Deux musiciens d'Oklahoma City, le guitariste Ralph Hamilton (surnommé "Big Foot Chuck") et le trompettiste James Simpson, vont alors l'initier au jazz. Fasciné par le jeu de Ralph Hamilton, il tente de l'imiter. Il s'en démarque pourtant, préférant jouer les notes séparément plutôt que sous forme d'accords.
Il invente ainsi le solo de guitare, qui, associé à la guitare électrique, va faire sa réputation.

En 1936, sa rencontre à Kansas City avec Eddy Durham est décisive (il le surclasse lors de légendaires jam sessions). En effet, ce dernier met entre ses mains un nouvel instrument de son invention : la guitare amplifiée. Christian a alors l'idée de reproduire avec la guitare amplifiée les solos des saxophonistes ténors, et notamment ceux de Lester Young. Ses audaces mélodiques et harmoniques se prêtent à merveille au swing et préfigurent déjà le bebop.

A la guitare électrique, il dirige son propre groupe en 1938 et commence à se faire un nom dans le Middlewest. Il joue quelques mois de la contrebasse dans l’orchestre d’Al Trent avant de se voir confier le poste de guitariste. En une année seulement, il maîtrise totalement son instrument électrique dont il expérimente inlassablement toutes les possibilités. A la fin de 1938, il avait définitivement sorti la guitare de jazz de sa fonction purement rythmique et mis au point beaucoup de ses idées originales comme l’emploi des accords augmentés ou diminués qui devait le conduire au bebop.

Outre le fait qu’il renouvelle les conceptions de l'accompagnement et de l'improvisation, on retiendra aussi l'équilibre de ses innovations harmoniques (accords de passage, fréquent usage de la septième mineure), ses audaces mélodiques, un emploi du phrasé legato, ou un style proche du saxophone de Lester Young. Dans ses solos, Charlie Christian insiste sur une note déterminée, développe des riffs gorgés de swing, assure une mise en place rigoureuse (il marque les quatre temps avec souplesse), que ponctuent parfois des breaks impressionnants. Sa sonorité, percutante à l'attaque mais toute en rondeur, inimitable, reconnaissable dès les premières notes, reste l'une des plus belles de l'instrument.

En 1939, le découvreur de talents et producteur John Hammond le présente au chef d'orchestre blanc Benny Goodman, qui, après bien des hésitations (il n’apprécie pas la guitare amplifiée), l'engage dans son sextette, fasciné par ses éblouissants solos sans fin.

  • 0402 Charlie Christian avec le sextette de Benny Goodman – Seven come eleven (22 novembre 1939)

Au milieu des années 40, l’ancien chef d’orchestre Teddy Hill, toujours avide de jazz nouveau, prit en charge la direction du Minton’s Play House, un club de la 118ème rue de New-York, situé dans le même bâtiment que le Cecil Hotel où loge Charlie Christian. Chaque lundi se retrouvent vers 3 heures du matin les meilleurs musiciens de la 52ème rue pour faire le bœuf. Charlie Parker, Dizzie Gillespie, Thelonious Monk ou Kenny Clarke expérimentent avec Charlie Christian (il laisse un ampli à demeure pour ne pas rater ces rencontres) des extensions extrêmes d’accord qui permettent aux improvisateurs d’utiliser des intervalles polytonaux.

  • 0403 Charlie Christian – Swing to bop (1941) A l’’écoute de ces longues lignes éclatantes de verve, d’imagination et de rythme, on ne peut qu’imaginer aujourd’hui l’effet qu’elles purent avoir sur les contemporains de Charlie Christian.

Le 19 février 1941, Christian entra dans les studios avec l’orchestre de Benny Goodman au complet et enregistra la plage qui allait mettre le monde de la guitare de jazz sens dessus-dessous : Solo flight. Cela devint la bannière, le modèle pour les guitaristes rythmiques. Désormais, ils pouvaient prendre des solos, même dans le cadre d’un big band.

Mais la carrière du guitariste prend fin prématurément à la fin de l'année 1941, lorsqu'il est hospitalisé pour tuberculose. Il en décèdera quelques mois plus tard, le 9 mars 1942.

PMD.- « Ne vous y trompez pas, Wes Montgomery est la meilleure chose qui arrive à la guitare depuis Charlie Christian. » Cette phrase du critique de jazz Ralph Gleason salua l’apparition sur la scène du jazz, en 1959, de Wes Montgomery, dont la renommée ne fut pendant longtemps que locale.

Né à Indianapolis en 1923, John Leslie Montgomery est en quelque sorte le prolongement naturel de Charlie Christian dont la découverte tardive à l’écoute de Solo flight le poussera à 19 ans à étudier la guitare en autodidacte.

Pour ne pas gêner ses voisins, il tente alors de reproduire les phrases de son aîné en jouant de son instrument en sourdine, utilisant le pouce à la place d’un médiator. Du coup, il développe un style bien à lui : les sons sont plus ronds, les notes plus organiques et déjà il prend l’habitude de doubler à l’octave ses lignes mélodiques (les mêmes notes sont jouées dans deux registres différents), ce qui deviendra la caractéristique la plus évidente de son jeu.

Cinq années plus tard, il s’est forgé un style propre déjà immédiatement reconnaissable et il est recruté par Lionel Hampton avec qui il part en tournée pendant les années 1948 à 1950.

  • 0404 Wes Montgomery avec l’orchestre de Lionel Hampton – Brant inn boogie (juillet 1948). C’est dans les disques gravés pendant cette période par l’orchestre de Hampton que l’on peut rechercher ses premières traces discographiques de Wes Montgomery. On l’entend ici prendre un court solo (c’est probablement son tout premier).

Au début des années 50, Wes décide de rentrer à Indianapolis pour des raisons essentiellement familiales et, tout en travaillant pendant la journée dans une usine de composants de radio, il fonde le Montgomery Quintet avec ses deux frères Buddy (vibraphone) et Monk (basse) avec qui il joue occasionnellement dans les clubs. De 1955 à 1959, il va enregistrer en quintette sous le nom de « Montgomery Brothers » une série d’albums qui seront édités sur le label World Pacific de Dick Bock.

  • 0405 Wes Montgomery – Billie’s bounce (30 décembre 1957) Fingerpickin' est un album qui réunit 7 morceaux gravés avec ses deux frères et cinq autres musiciens dont, pour la première fois, un Freddie Hubbard (tp) inexpérimenté et âgé de 19 ans. Outre quelques standards, ce disque compte cinq compositions de Wes et témoigne d’un style original qui le rendrait bientôt célèbre.

L’album Far Wes (avril 1958 et octobre 1959). donne une excellente occasion d’entendre Wes à ses débuts et en petite formation. Le meilleur est à venir mais on sent bien qu’on a déjà affaire à un musicien hors normes.

Nat et Cannonball Adderley, en visite à Indianapolis, l’entendent jouer et Cannonball lui propose dans la foulée d’enregistrer un disque sous son nom. Le patron du label Riverside, Orrin Keepnews, fait même le déplacement de New York à Indianapolis pour l’écouter jouer au Turf Bar toute la nuit. Le 23 septembre 1959 au petit matin, Montgomery signe un contrat d’exclusivité avec Riverside Records pour qui il va enregistrer en leader, de octobre 1959 à novembre 1963, pas moins de 25 sessions qui établiront sa réputation et compteront parmi les plus mémorables de sa carrière. D’ailleurs, en 1960, Wes est élu « New Star Guitarist » dans le poll 1960 de la revue Down Beat.

  • 0406 Wes Montgomery – Wes coast blues (1960) The Incredible Jazz Guitar Of Wes Montgomery, restera dans l’histoire comme un monument de la guitare Jazz. En compagnie de Tommy Flanagan (p), Percy Heath (b) et Albert Heath (dr), Le guitariste y déploie apparemment sans effort toute sa technique (bop) et son émotion (blues) sur des compositions mémorables comme Mr. Walker, Four Or Six ou le fabuleux Airegin de Sonny Rollins. Les critiques tiennent ce disque pour le meilleur du guitariste. Ses lignes pleines de puissance, tant en octaves qu’en mélodies et sa remarquable facilité à prendre des solos en accords sont ahurissantes. Ils ajoutent que le toucher de Wes Montgomery est unique, d'une tendresse et d'une précision fabuleuses. Qu’il joue vite ou lent, qu’il joue cassant ou caressant, il joue divinement. Wes Montgomery est considéré comme un dieu de la guitare : quand on le découvre, on n'entend plus cet instrument comme avant.

Si Wes Montgomery avait un talent exceptionnel, il travaillait sans relâche et, perfectionniste, il doutait de son propre jeu, peu sûr d’être capable de maintenir le haut niveau de ses solos, nuit après nuit.

A la suite des ennuis financiers de Riverside, Wes passe chez Verve où les idées originales du producteur Creed Taylor vont l’aider à faire évoluer, sinon son style, du moins sa musique. Movin’ Wes, enregistré en 1964 avec un big band de cuivres, met l’accent sur le côté le plus « pop » du guitariste : le son feutré et les mélodies passent avant tout le reste mais, malgré le superbe titre éponyme, il n’est pas certain que les vais amateurs y trouvent leur compte. Dans le même genre, bien meilleur est Bumpin’ (1965), véritable promenade romantique au clair de lune avec la guitare du maître en apesanteur au-dessus des cordes de l’orchestre emmené et arrangé par Don Sebesky.

  • 0407 Wes Montgomery – Four on six (1965) Smokin’ At The Half Note est l’un des meilleurs albums de la période Verve avec un guitariste flamboyant accompagné par Wynton Kelly (p), Paul Chambers (b) et Jimmy Cobb (dr) (la fameuse rythmique de Miles Davis sur Kind Of Blue) : No Blues, Unit 7 de Sam Jones et Four On Six de Wes lui-même comptent parmi les plus belles improvisations du leader.

Quand en 1967, Creed Taylor quitte Verve pour le label A&M de Herb Alpert, Wes le suit tout naturellement : ils vont enregistrer ensemble trois albums qui seront aussi les trois derniers disques en studio du guitariste.

Il venait tout juste de rentrer chez lui d’une tournée nationale lorsque le 15 juin 1968, il fut frappé par une attaque cardiaque. Il avait 43 ans. Sa disparition au sommet de sa carrière priva le jazz de l’un de ses musiciens les plus remarquablement intuitifs et les plus doués.

Considéré comme le plus grand parmi les amateurs, les critiques et ses pairs, sa popularité dépassa les frontières du jazz, jusqu’à un public très large. Wes étonnait ce public par l’originalité de sa technique, ayant rapidement assimilé puis dépassé l’influence de Charlie Christian. Il est remarquable par l’importance qu’il attacha au swing dans un contexte pour l’essentiel harmoniquement moderne et par sa sonorité personnelle, grasse, chaude et profonde.

PMD.- Un autre guitariste de génie est lui aussi mort à 43 ans. Il est la référence absolue en guitare de jazz, y compris pour Charlie Christian et Wes Montgomery : Django Reinhardt.

  • 0408 Django Reinhardt – I’ll see you in my dreams (1939) L’un des plus beaux et des plus imaginatifs solos de guitare jazz sur le standard de Gus Kahn et Isham Jones. Tous les guitaristes de jazz apprennent à le jouer note à note pour en comprendre toute l’inventivité.

Django Reinhardt est aujourd'hui encore considéré, dans le monde entier, comme un modèle pour les nouvelles générations de musiciens, mais il est surtout devenu un mythe pour la plupart des auditeurs. Ce Manouche secret, dont il n'est pas exagéré d'affirmer qu'il est le plus grand guitariste de l'histoire du jazz, a mené une existence hors du commun où la réalité semble parfois se confondre avec la légende.

De sa naissance en Belgique en 1910 jusqu'à sa mort dans la paisible retraite de Samois, en 1953, Django Reinhardt aura connu une carrière exceptionnelle et une existence riche de contrastes : les premiers bals musettes, l'incendie de sa roulotte et sa main gauche mutilée, la révélation du jazz et la rencontre avec Stéphane Grappelli, la création du Quintette du Hot Club de France, les années de gloire et les dépenses fastueuses, les déceptions américaines auprès de Duke Ellington et les difficiles retrouvailles de l'après-guerre...

  • 0409 Django Reinhardt – Rythme futur (octobre 1940) Django Reinhardt et le Quintette du Hot Club de France - Hubert Rostaing (cl); Django Reinhardt (g solo); Joseph Reinhardt (g); Francis Luca (b); Pierre Fouad (dm).

Django Reinhardt est le seul génie européen du jazz, seul musicien hors des États-Unis à avoir créé un style dans le style. Pourtant, quand on évoque le «style Django», ce swing qui suggère la gaieté, cette rythmique douce et alerte où les cordes remplacent la batterie, on parle de « jazz manouche », en raison des origines nomades du musicien.

On parle aussi de « jazz français ». Parce que c'est en France que s'est construit le mythe Django, alors que la roulotte familiale était fixée à la périphérie de Paris et qu'il se roda dans des bals, à 12 ans, muni de son banjo. Parce qu'il y fut blessé, en 1928, dans l'incendie de la roulotte, perdant l'usage de deux doigts. Parce qu’il dut inventer une nouvelle technique de doigté. Il se trouva en situation d'évaluer sa relation à son instrument comme aucun guitariste n'avait eu à le faire auparavant. Ce qui le poussa à reconsidérer tous ses acquis. Improvisation en octave (dont Wes Montomery s'inspira), gammes chromatiques, triades (re-utilisées par Charlie Christian) sur un tempo ahurissant, précision du touché, sens de la phrase...

  • 0410 Django Reinhardt – Pêche à la mouche (1947). Dans cette composition de 1947 (qu’il a aussi enregistrée cette année-là en acoustique), le génial manouche nous fait entendre sa totale maîtrise de ce nouvel instrument et du style bebop dont il n’aura pas le temps d’assimiler les évolutions.

Autant de moments forts qui jalonnent la vie d'un homme volontiers nonchalant, parfois fantasque, farouchement libre. Django Reinhardt a traversé la fièvre des années 1930 et le chaos de la Seconde Guerre mondiale avec l'élégance détachée de ceux qui se sentent toujours au-delà des contingences, tout simplement ailleurs. Son premier contrebassiste Louis Vola disait à son sujet : « Le génie n’a pas à se justifier : il est !»

  • 0411 Django Reinhardt – Nuages (1953) L’une des très nombreuses compositions du Manouche (plus d’une centaine dont de nombreuses avec Stéphane Grappelli) qui a troqué sa Selmer Maccaferri contre une archtop électrique. Publiée en 1940, Django Reinhardt en enregistrera une quinzaine de versions différentes. Plus de 260 enregistrements ont été recensés à travers le monde, dont une première, chantée en 1942 par Lucienne Delyle. C’est aussi l’un des tout derniers enregistrements de Django Reinhardt accompagné ici par Maurice Vander au piano, Pierre Michelot à la contrebasse et Jean-Louis Viale à la batterie

Malgré la profusion de son œuvre discographique et les nombreux témoignages de ses compagnons musiciens, il demeure toujours un mystère autour de ce génie vagabond dont Cocteau, qui l’avait surnommé ‘ le fils de l’air’, disait : ‘Il a vécu comme on rêve de vivre : en roulotte.

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> émission du mardi 24 février 2015

Max Roach et Kenny Clarke deux batteurs, pionniers du be bop,
qui ont marqué à jamais l'histoire du jazz

Animateurs: Christiane BLIN, Patrick DURAND et Gilles SECAZ

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